Il prit la main que je lui tendais et la serra avec une vivacité qui me donna bonne opinion de son cœur : « Merci », dit-il, et un peu plus bas il ajouta : « Pardonne-moi aussi. »

Sur ce dernier mot, que je n’attendais pas, tout ce que j’avais contre lui s’envola ; je l’embrassai franchement, la division applaudit et nous célébrâmes tous ensemble la fin de la guerre civile par une partie de ballon trois fois plus joyeuse que toutes les précédentes.

Le P. Préfet, averti par le Père spirituel, n’eut pas le temps d’intervenir, et, je crois, n’en eut pas de regret : nulle mesure disciplinaire ne pouvait produire un effet aussi rapide et aussi complet. Je me rends fort bien compte que, dans la circonstance, personne autre que mon directeur de conscience n’eût obtenu de mon amour-propre un acte de réparation : devant une sommation officielle, j’aurais cassé, mais non plié.

Tu vois à quoi sert, en dehors même du confessionnal, un Père spirituel. Il est le tampon qui amortit ou prévient les gros accidents, comme dans mon cas ; il est, en tout temps, le médiateur naturel entre les faiblesses du jeune âge et les rigueurs du Code pénal écolier. Les professeurs et surveillants sont des pères, sans doute, mais aussi des maîtres : gants de velours, mains de fer. Lui n’est que père : il n’a que du velours.

Et pourtant — je t’en reparlerai peut-être — ce velours a quelquefois d’assez rudes passes : il le faut, quand on veut être loyal avec soi-même. J’ai dans mon directeur une confiance absolue : il me connaît de fond en comble. Il a été convenu entre nous que je ne lui cacherais rien et qu’il ne me passerait rien : car je veux me faire un caractère, et, sans lui, je n’y arriverais jamais.

Toi, mon bon, qui est-ce qui te rabroue, te relève et te soutient ? Je sais que tu ne hantes pas beaucoup l’aumônier : tu serais mal vu — et un aumônier pour trois ou quatre cents élèves n’a pas le temps de s’occuper beaucoup de chacun. Je te plains ; car je t’assure que c’est bon, par moment, d’avoir son déversoir. Adieu, Louis.

Ton ami,

Paul.

19. De ma sœur Jeanne.

4 janvier.