Il paraît que j’ai crié au secours : ma mère est venue et, me trouvant la tête en feu, m’a mis des compresses qui ont peu à peu calmé la fièvre. Alors j’ai dormi tranquillement jusqu’à dix heures du matin. Au déjeuner, mon père me dit : « Tu as eu trop d’appétit hier soir ; le régime des Jésuites te fera du bien : ils mangent peu au souper. C’est de l’hygiène bien comprise. »
Remarque, mon ami, comme les résolutions arrêtées d’un homme changent ses opinions. Mon père n’aime pas plus que moi les Jésuites et, s’il les connaît, c’est par ouï-dire, sans être sûr de rien. Néanmoins, depuis qu’il a résolu de me livrer à eux, tu vas voir qu’il leur prêtera toutes les qualités qu’il désire trouver chez eux pour ma correction. Il entre dans l’aveuglement incurable — et moi, par le fait, j’entre dans la fatalité…
J’ai été interrompu dans ma chambre. Deux coups discrets à la porte. C’était ma sœur Jeanne, qui a ton âge, un an de plus que moi. Elle m’embrassa plus fort que d’habitude, en m’appelant son petit Paul. Cela me mit en défiance :
« C’est maman qui t’envoie ?
— Non, c’est moi qui viens te consoler.
— Vrai ?
— Vrai. »
Une petite larme perla au coin de ses yeux parfaitement limpides. Mon cœur fit un bond. Après un silence :
« Tu as gros cœur, dit-elle, de ne pas rentrer au lycée ?