— Trop peu.
— Le degré de culture et d’équilibre de ces facultés maîtresses donnera la valeur intellectuelle et les chances probables d’avenir d’un jeune homme au sortir du collège. Les amener par une sage progression au degré le plus élevé qu’il se pourra, c’est la tâche de l’enseignement secondaire.
— Ce que vous dites là, mon Père, me trouble un peu. Ne suis-je pas au collège pour devenir savant, le plus savant possible ?
— Entendons-nous. Le collège n’a pas pour mission de faire de vous un prodige ou un monstre, une encyclopédie vivante ou quelque chose comme un lauréat de concours d’animaux gras dans le domaine de l’esprit : il n’est pas une gaveuse. On est au collège, non pas pour tout apprendre, mais pour se rendre apte à acquérir plus tard la science que réclamera la carrière de chacun.
— J’entrevois le but ; comment l’atteindra-t-on ?
— Comment avez-vous fait, dans votre première enfance, pour arriver à savoir quelque chose ?
— Ma foi, je n’y ai guère pensé. Voyons pourtant. On m’a toujours dit que j’étais fort curieux et fort bavard, demandant le pourquoi de tout et raisonnant à tort et à travers sur tout ce que j’avais vu ou entendu.
— Besoin de connaître et besoin de parler : ce sont précisément les deux grands moyens naturels d’instruction. Entendez-vous dans ces hautes branches ce vaste et long bourdonnement ? Il y a là des milliers d’abeilles qui recueillent la poussière des premières fleurs ; chacune va déposer son butin dans les alvéoles où il se transforme en miel, et grâce à toutes les petites ouvrières qui parcourent ainsi la plaine et la montagne, la ruche se remplit d’un trésor délicieux. Ainsi votre jeune esprit s’est primitivement enrichi d’idées que vos yeux, vos oreilles, tous vos sens vous amenaient de partout : votre mémoire les a retenues et, avec l’aide de votre jugement naissant, dirigé et souvent rectifié par votre entourage, les a combinées, transformées et réunies en un premier fonds, qui comprenait toutes les connaissances usuelles dont un enfant est capable.
A l’école primaire, par un procédé analogue, vous avez élargi votre petit horizon et augmenté votre bagage d’idées, grâce aux livres élémentaires d’histoire, de géographie, de sciences naturelles, et aux leçons de choses. On y a ajouté certaines notions pratiques de calcul, de dessin, de musique et autres, dont l’ensemble, couronné par l’enseignement religieux, aurait pu suffire à faire de vous avec le temps un honnête ouvrier, un petit commerçant, un travailleur de la terre…
— Oh ! je voulais être pâtissier.