Qu’aurais-tu fait à ma place, mon ami ? Je n’en sais rien. Moi, j’ai le cœur bête. Je me suis jeté en pleurant dans les bras de ma grande sœur Jeanne et je lui ai promis tout ce qu’elle a voulu.
A ce propos, je vais te faire une confidence. Vois-tu, moi, avec le tempérament que j’ai, je ne me marierai jamais. La raison, c’est que, si j’avais une femme revêche, je la battrais comme plâtre, jusqu’à extinction ; si j’en avais une comme ma sœur Jeanne, elle m’enroulerait autour de son petit doigt, et alors, adieu toute dignité ! Or, je tiens à ma dignité.
Il est vrai que j’aime follement ma sœur Jeanne, bien qu’élevée chez des nonnes par la volonté de ma sainte femme de mère, que mon père n’a jamais osé contrarier. Elle m’a empêché de faire plus d’une sottise, depuis que j’en suis capable. Ça vaut un peu de reconnaissance et je tiendrai la parole donnée : s’ensuivra que pourra.
Nous partons après-demain pour la jésuitière. J’en ai froid dans le dos. Tu sauras dans quelques jours mes premières impressions.
Adieu, mon ami ; sois plus heureux que moi.
Paul.
3. Au même.
H., le 7 octobre.
Mon cher ami,
Eh bien, j’y suis : c’est invraisemblable et pourtant vrai. Mais ce qui te paraîtra tout à fait drôle, comme à moi, c’est que — je ne sais comment te dire cela — je ne m’y trouve qu’à moitié mal. J’en suis furieux : j’espérais autre chose. Ces Jésuites ne sont pas si noirs que je croyais et je n’en ai pas vu un qui ait des pieds de bouc. Quant à leurs élèves, dame !… Tu sais que je n’oublierai jamais les camarades du lycée, et toi, d’abord, tu es hors de pair. Ceux-ci ont une tournure différente.