Le samedi qui suivit le bal, elle se rendit comme d'habitude chez Mme Welher. Sa grand'mère, un peu craintive, aurait voulu l'accompagner; mais elle demanda naïvement:

—Pourquoi?

Et la grand'mère n'osa pas dire le pourquoi.

—Ne t'attarde pas!

—Oh! sois tranquille; il faut que nous regagnions le temps perdu avec cette fête.

Et elle s'en fut, marchant comme toujours très vite, n'attachant aucune attention à ce qui se passait dans les rues, perdue dans son rêve.

Et, cependant, un homme la suivait.

Depuis huit jours, Jean de Villepreux passait sa vie sous les arcades de la place des Vosges, épiant les allées et venues de la grand'mère qui, seule, sortait pour les petites commissions du ménage. Il attendait patiemment, espérant bien que Marie sortirait enfin. Ce jour-là, il la suivit prudemment, la trouvant encore plus charmante, dans sa petite robe noire unie, sous son chapeau de paille commune garni d'un modeste nœud rose… Quand elle eut disparu sous la voûte de la maison de la rue de Cléry, habitée par Mme Welher, il se plaça tout auprès, attendant qu'elle ressortît. Il l'aborderait alors, et lui offrirait de la reconduire.

Et, quand il la vit de nouveau, repartant si vite, il n'osa pas. Ce mondain à bonnes fortunes était soudainement devenu timide devant cette simple jeune fille. Il se contenta, arrivé à la place des Vosges, de la dépasser un peu et de la saluer. Elle s'arrêta toute saisie, devint blanche comme un lis; son cœur étouffait. Et elle murmura:

—Bonjour, monsieur.