—Oh! je vais vite!
Et Marie montrait son ouvrage qui avançait rapidement. Elle travaillait avec une activité fiévreuse.
Elle disait aussi:
—Et tu crois, réellement, maman Renaud, qu'en prenant une ouvrière, nous pourrions gagner davantage?
—Oui, ambitieuse; mais il faut y réfléchir… Nous verrons cela…
La vieille avait peur maintenant de ce changement subit. Et la jeune fille revenait à son beau cavalier.
—Enfin, maman Renaud, n'est-ce pas curieux que j'aie su valser à son bras? Au bras d'un autre, je n'aurais certainement pas su… Tu ne m'avais appris que la polka…
Pauvre maman Renaud! elle lui avait appris tout ce qu'elle savait: elle lui avait donné gravement des leçons, en chantant un air vieillot, le premier air de polka qui s'était répandu en France pendant sa jeunesse; et elle lui avait appris aussi à faire la révérence… Elle aurait dû lui apprendre plutôt la science de la vie; mais elle était si heureuse de conserver ce cœur chaste, ignorant, généreux!
Et puis, toute sa science à elle avait consisté à aimer, à se dévouer!
Le samedi, Marie allait généralement porter son ouvrage à Mme Welher. Elle marchait toujours très rapidement, sa hotte sous le bras, les yeux baissés, ou fixés droit devant elle, ne songeant qu'à aller vite pour être vite revenue. D'abord, sa grand'mère l'avait accompagnée; puis elle avait pris l'habitude de rester à la maison pour faire, pendant l'absence de sa fille, un grand rangement. Elle était bien certaine que Marie passait pure, immaculée, au milieu des corruptions parisiennes. Parfois, des jeunes gens, frappés par sa beauté, osaient la dévisager. Alors, elle allait un peu plus vite, tout simplement, ne comprenant pas ce qui en elle pouvait exciter cette curiosité.