—Oh! oui, maman Renaud! Je m'amuse de si bon cœur! Elle croyait s'amuser parce qu'elle regardait s'amuser les autres.
Tout à coup elle aperçut la bande de Vauchelles et suivit ces jeunes gens des yeux, les jugeant instinctivement différents des autres. Et, quand elle aperçut Jean de Villepreux, elle le trouva le plus beau. Il lui apparaissait dans toute la splendeur d'un héros de roman. Et elle en était d'autant plus frappée qu'elle n'avait presque jamais lu de roman, qu'elle ne savait rien de la vie, qu'elle était toute naïve, que son pauvre cœur sans défense n'était que trop facile à conquérir. Elle devina qu'il viendrait la chercher; et elle l'attendit. Et maman Renaud eut un petit mouvement d'orgueil lorsque cet élégant jeune homme invita Marie.
«Les autres, se dit-elle, n'étaient pas capables d'apprécier son enfant.»
Et Marie était heureuse, comme une héroïne de conte de fées qu'un Prince charmant aurait enlevée de l'obscurité. Dans cette première valse, tandis que Jean la serrait légèrement, toute surprise de danser une danse qu'elle ne savait pas, elle éprouva l'impression la plus délicieuse de sa vie. Elle se rendait compte, bien confusément, qu'il existait en ce monde quelque chose qu'elle ne connaissait pas, et dont elle n'avait même pas soupçonné l'existence, et que ce quelque chose pénétrait en elle, versant un feu nouveau dans ses veines… Puis elle marcha au bras de Jean de Villepreux, si légère qu'elle semblait s'envoler de la terre. Quand elle dansa avec lui une seconde fois, elle était étourdie; et lorsque sa grand'mère l'emmena et qu'elle dit adieu à Jean, toute son âme se donna dans un sourire.
* * * * *
Deux jours plus tard, quand Marie s'assit à sa table de travail, l'enfant n'existait plus en elle: la jeune fille s'était éveillée dans l'amour. Et c'était chez elle un invincible besoin de parler, de parler sans cesse et toujours de ce bal et surtout de ce jeune homme qui, pour elle, résumait toute la fête.
—N'est-ce pas, maman Renaud, qu'il a été bien aimable et bien respectueux?
—Oui, chérie.
—Et il n'a fait danser que moi… Oh! moi, après lui, je n'aurais pas pu danser avec un autre…
—Tu es une enfant! Travaillons, disait la grand'mère, qui commençait à s'inquiéter.