—Mon mariage! s'écriait gaiement la jeune fille. Ah! maman Renaud, tu es donc bien pressée de te débarrasser de moi?… Me marier?… Restons comme nous sommes, va; c'est si bon! Avec une ouvrière entre nous, est-ce que nous pourrions nous aimer aussi bien?

Mais maman Renaud avait une grande suite dans les idées. Et depuis quelque temps, elle revenait plus souvent sur cette question de l'ouvrière et surtout sur la question du mariage.

—Ah! se disait-elle, si je pouvais lui trouver un brave et honnête garçon qui comprendrait le trésor que je lui donne!

Et, dans cette pensée, elle fut tout heureuse d'accepter les deux cartes d'invitation au bal du IIIe arrondissement, que lui offrit son propriétaire,—cartes prises par force, par obligation sociale, et données pour n'être pas perdues… A quoi tiennent parfois les destinées d'une vie?…

* * * * *

Un bal! A ce seul mot, Marie eut un éblouissement. Elle avait cru bien fermement jusqu'alors qu'elle dédaignait un tel plaisir, et l'idée d'aller au bal la bouleversait. Elle ne se croyait pas coquette, et cependant ce fut une joie que d'acheter sa modeste robe de mousseline, de la tailler, de la faire le soir, après sa besogne: on traversait heureusement une saison peu pressée. Et la grand'mère aussi était coquette; il ne fallait pas qu'elle fît mauvaise figure auprès de son enfant. Elle enleva, du fond de sa vieille malle, la robe qu'elle portait au mariage de son fils, robe décousue, soigneusement pliée, enveloppée. Elle fut étonnée de la retrouver fraîche, mais pas assez, toutefois, pour en faire cadeau à sa fille.

Et comme elle frissonnait, la chère petite fille, en se rendant à ce bal, où elle pensait bien que personne ne la remarquerait, ne l'inviterait, où elle s'attendait à passer méconnue, comme une petite Cendrillon! Et elles avaient à peine fait quelques pas dans le bal, que maman Renaud, avec une impartialité absolue, jugeait sa petite-fille la reine de cette fête, malgré sa modeste robe, malgré son extrême simplicité.

—Si tous ces jeunes gens, pensa-t-elle, pouvaient deviner quelle exquise bonté, quelles nobles qualités se cachent sous sa beauté!

Mais, hélas! pendant toute la première partie de la soirée, les jeunes gens ne remarquèrent même pas la beauté de Marie. D'ailleurs, elle s'était cachée, douce violette, dans un coin un peu sombre. Mais, les yeux fixes, les lèvres frémissantes, elle était toute à ce spectacle nouveau et en jouissait pleinement, sans une pensée de jalousie. Elle ne s'étonnait pas qu'on la laissât sur sa chaise: elle trouvait toutes les jeunes filles belles, élégantes, et se considérait elle-même comme un petit rien, bien modeste, trop heureuse qu'on l'eût admise à cette fête.

—Tu es contente, petite? interrogeait de temps en temps sa grand'mère.