—J'espère que tu es passée sans rien dire?

—Oh! non, fit Marie en secouant sa jolie tête, je lui ai rendu son salut bien gentiment… J'étais si contente!

Maman Renaud jugea qu'il ne fallait pas détruire trop brusquement les illusions de son enfant; mais elle se défiait. Ce ne fut que très doucement qu'elle essaya de prouver à Marie que les hommes sont faux, trompeurs, qu'on ne doit les écouter qu'avec une extrême prudence.

Marie souriait; elle avait une confiance inaltérable.

—Tous les autres, oui, maman Renaud, tant que tu voudras, mais pas lui! On voit bien sur son visage quand un homme ment. Lui est incapable de mentir!

Elle avait, par-dessus tout, l'horreur du mensonge.

La semaine s'écoula en discussions infinies entre la grand'mère et la petite fille.

—Vraiment, grand'mère, disait Marie toute peinée, qu'as-tu donc contre lui? Toi, si bonne toujours, comment deviens-tu méchante quand il s'agit de lui?

Quinze jours après, un dimanche, les deux femmes étaient descendues pour se promener dans le jardin de la place Royale où jouait une musique militaire. C'était leur plus grande distraction, l'été. La musique faisait éprouver à Marie des sensations si douces, la plongeait dans des rêveries si heureuses, qu'elle attendait avec une légère impatience le dimanche et le jeudi. Le jeudi, c'était de sa fenêtre qu'elle écoutait; mais, le dimanche, elle jouissait plus vivement en se promenant dans les allées du jardin; et elle trouvait superbe cette pauvre végétation enserrée dans des grilles, étouffée par les hautes façades des maisons qui l'entourent.

Comme elles suivaient une allée un peu longue, étroite, elles aperçurent à une certaine distance un jeune homme qui les salua aussitôt.