—C'est lui, maman Renaud. Vois comme il a l'air timide et respectueux!

Il tremblait, en effet. Depuis deux dimanches, il venait là; et il avait fixé à aujourd'hui ce grand coup d'audace: lier sérieusement connaissance avec elles. Et il tremblait comme un enfant.

Il les aborda cependant:

—Permettez-moi, madame, de prendre de vos nouvelles.

Il semblait ne pas faire attention à Marie, et s'occuper seulement de la grand'mère. Sans en demander la permission, il se mit à marcher auprès d'elles et s'excusa bien gentiment de son audace. Ce fut alors qu'il raconta la petite histoire qu'il avait préparée: sa vie creuse, abandonnée, dans le quartier Latin, son ennui profond de ne pas connaître à Paris de famille au sein de laquelle il pût se reposer, la hâte qu'il avait maintenant de terminer ses études pour retourner en province. Et, en disant tout cela, il avait l'air de consulter la grand'mère, comme si elle seule, dans sa vieille expérience, eût pu le comprendre. «Il est réellement fort bien élevé, songeait-elle; et, s'il commence par me faire ainsi la cour, c'est qu'il a des intentions sérieuses, honnêtes.» Cependant, elle ne put s'empêcher de lui faire encore remarquer qu'il semblait un peu plus âgé que ne le sont d'habitude les étudiants. Et il lui expliqua que, les premières années de son séjour à Paris, il avait fait comme bien des jeunes gens, qu'il s'était amusé au lieu de travailler. Puis, son examen de licence passé, il n'avait pas eu le courage d'aller s'enterrer en province, et il avait commencé son doctorat. Mais, en vieillissant, il s'ennuyait dans ce quartier Latin! Il désertait ses cafés, ses fêtes trop tapageuses, et il regrettait de ne s'être pas créé à Paris des relations de famille… Son isolement lui pesait!

Marie écoutait toutes ses paroles avec ravissement. Il était bien tel qu'elle le rêvait, simple, bon, aimant. Puis il parlèrent de ce bal où ils s'étaient vus pour la première fois. Et Jean les reconduisit jusqu'à leur porte, en demandant la permission de leur faire de temps en temps une courte visite. Maman Renaud, voyant le désir dans les yeux de sa fille, n'osa pas refuser. Et quand elles furent remontées dans leur petit logement, Marie se jeta dans les bras de sa grand'mère, pleurant et riant.

—Seras-tu encore défiante, maman Renaud? Un si bon et si charmant jeune homme!

Maman Renaud n'avait plus la force d'être défiante: elle était conquise, elle aussi, charmée, séduite par la grâce et l'élégance souveraines de Jean de Villepreux. Elle cherchait dans ses souvenirs et ne trouvait que son fils à qui elle pût le comparer. Mais elle crut devoir encore prononcer quelques paroles de sagesse, recommander la prudence à sa petite-fille. Marie souriait: elle aimait Jean Berthier et savait déjà, sûrement, que Jean Berthier l'aimait. Et elle lui était bien reconnaissante de s'être montré si aimable pour sa grand'mère.

Dès lors, elle l'attendit chaque jour.

—Nous ne savons pas quel jour il viendra, grand'mère; il faut qu'il trouve tout bien propre chez nous, bien joli!