Elle surveillait plus spécialement le ménage; elle donnait un air de fête à leur atelier. C'est là qu'il la verrait; elle voulait être coquette dans son travail. Elle mettait, tous les jours, des fleurs nouvelles sur la table.
Il vint trois jours après. Et ce fut une entrevue charmante. Le travail étant pressé, elle ne quitta pas sa table. Il s'assit entre les deux femmes, émerveillé par leur adresse, par le goût qu'elles apportaient dans les moindres choses. Il osait à peine parler. Marie faisait un petit bonnet de valenciennes; quand elle l'eut terminé, elle le plaça sur son petit poing fermé et le lui montra.
—Comment le trouvez-vous?
Il aurait voulu baiser ce petit poing. Elle dit:
—C'est pour des gens très riches, et qui demandent tout ce qu'il y a de plus beau. C'est bon de pouvoir gâter ainsi ses enfants… Mais on ne les aime pas mieux pour cela!
Il revint souvent, les trouvant toujours à la besogne, séduit par la paix si calme de ce petit logement, éprouvant des émotions si neuves, si différentes de celles qu'il avait connues jusqu'alors, qu'il s'en allait tout bouleversé! La scène du portrait le rendit définitivement l'ami de la grand'mère. Toute défiance avait disparu chez elle. Cependant, un soir où Marie était allée chez Mme Welher, maman Renaud reçut Jean Berthier avec plus de gravité que de coutume; et, sans hésitation, elle lui dit que ses visites ne pourraient être admises plus longtemps s'il ne leur donnait un motif honorable. Lui non plus n'hésita pas.
—Je vais demander tout à l'heure à votre petite-fille si elle veut bien de moi pour mari…
—Non, non, répondit sagement la grand'mère, réfléchissez encore, écrivez à votre mère; et, dans huit jours, si votre cœur n'a pas changé, vous nous engagerez votre parole.
Et elle le renvoya impitoyablement. Huit jours après, il revenait plus épris que jamais, annonçait formellement son intention d'épouser Marie. Et maman Renaud, définitivement vaincue, disait à son enfant:
—Embrasse ton fiancé!