Ah! ce premier baiser, quel bonheur il donna à ces deux êtres! Une félicité sans mélange les unissait pour jamais. Le bonheur de Jean de Villepreux fut si intense qu'il éprouva pour la première fois la crainte de le perdre; dès ce moment, il songea à la possibilité de sa mort, à la nécessité de faire son testament, Marie était anéantie par le bonheur; il lui semblait qu'elle n'était plus la même femme. Elle aurait voulu rester ainsi éternellement, dans les bras de son fiancé. Ce baiser si chaste, si pur, l'avait transportée dans un monde divin. Maman Renaud souriait, tout épanouie. Elle retrouvait un fils.
[Illustration: Il se contenta, arrivé à la place des Vosges, de la dépasser un peu et de la saluer. (Voir page 104.)]
Ils menèrent alors, tous les trois, la vie la plus adorable. Seul, Jean avait des instants de tristesse à la pensée qu'il trompait celles qu'il considérait franchement comme sa future famille; mais il écartait vite ses remords: quel triomphe pour lui quand il leur dirait la vérité! Il était aimé sans que sa richesse, sans que son nom eussent été connus, et aimé par une jeune fille qu'il se plaisait à comparer à sa mère,—cette mère dont Marie parlait sans cesse.
—M'aimera-t-elle, Jean? Moi, je lui réserve une si belle place, dans mon cœur!… Tu ne seras pas jalouse, maman Renaud?
Maman Renaud travaillait double, pour laisser à son enfant le temps de rêver lorsque Jean était parti, de causer longuement avec lui lorsqu'il passait la soirée chez elles. Et cela arrivait bien souvent, plusieurs fois par semaine. Il venait en vrai fiancé, mais sans que rien pût trahir sa personnalité. Il avait offert à Marie une simple bague, une petite perle entourée de modestes roses.
—Une folie! avait déclaré la grand'mère.
Et Marie était enchantée. Et lui souriait de la voir si contente, pour un si petit cadeau; plus tard, elle aurait tous les bijoux de la famille de Villepreux! Il s'amusait à lui donner des fleurs les plus rares, les plus fines mais en prétendant qu'il les avait achetées à des marchandes des rues. Un jour, il lui porta des orchidées d'une délicatesse extrême, de longues fleurs sur des tiges frêles, nuancées des couleurs les plus intenses.
[Illustration: Ils le trouvèrent fiévreusement penché sur un plan de Paris. (Voir page 116.)]
—Mais où donc pouvez-vous trouver de si jolies fleurs? demanda la grand'mère qui n'avait jamais rien vu de pareil.
Cette fois il répondit que c'était aux Halles, et il avoua, d'un air bon enfant, qu'il avait réellement fait une petite folie. Marie le remercia d'un regard. Cela ne la surprenait point qu'il trouvât pour elle de si jolies choses.