Et maman Renaud se disposait à la plaisanter; Marie répondit, l'air un peu vexé:
—Ce nouveau point anglais que Mme Welher m'a montré est si difficile!
Elle ne voulait pas que rien vînt la distraire de son attention. Elle écoutait les moindres bruits… Un pas dans l'escalier la faisait tressaillir… Par moments, elle jetait un regard sur la place des Vosges, vers l'angle opposé à leur maison. Jean arrivait quelquefois de ce côté, et lui envoyait un salut.
Hélas! il n'arriverait plus ainsi.
A la fin de la soirée, maman Renaud expliqua à sa fille que les hommes sont souvent pris par des affaires subites qui les accaparent sans leur laisser une minute de liberté. Mais Marie ne voulait pas écouter ces consolations:
—Il aurait toujours pu m'écrire un mot! Qu'il soit pris tout le jour, je le comprends; mais, la nuit, il lui aurait été si facile de tracer deux lignes pour me dire qu'il ne m'oublie pas! Ah! s'il savait la peine qu'il me fait!
Elle ne s'endormit que très tard et eut un sommeil agité; elle rêvait sans cesse à lui. Tantôt elle se voyait à son bras, marchant en robe blanche à l'autel; tantôt il l'avait abandonnée…
La nuit suivante, elle rêva qu'elle le voyait tout pâle, comme mort.
Et les jours et les jours s'écoulaient.
Et Jean Berthier ne revenait pas.