—Oh! monsieur! C'est que M. Jean était très généreux…
—Il y a une très grande différence, maître Guépin, entre profiter de la générosité d'un bon maître et… le voler. Ce que vous lui avez volé s'élève à peine à trois ou quatre billets de mille francs; mais cela est suffisant pour vous faire faire connaissance avec Mazas.
Guépin ne répondit pas; il baissa la tête et regarda Honoré en dessous. Celui-ci eut un sourire dédaigneux: il avait simplement voulu prouver à son complice qu'il était son maître.
—Voici ce que j'attends de vous, continua-t-il. Demain vous vous arrangerez pour porter des effets bourgeois dans une chambre quelconque, que vous louerez, sous un nom quelconque. Une fois là, vous quitterez votre livrée. Maquillez-vous vous-même un peu, qu'on ne puisse jamais retrouver les traces de ce que vous aurez fait. Une fois débarrassé de votre livrée, vous parcourrez le quartier Latin et vous y chercherez un étudiant du nom de Jean Berthier. En cinq à six jours, vous devez le trouver. Cet étudiant est absent de Paris; j'ai simplement besoin de savoir son adresse. Allez!
Honoré trouvait cette besogne trop basse, trop compromettante pour lui.
—Faudra-t-il demander des renseignements sur ce Jean Berthier? interrogea Guépin.
—Pas le moindre! Notez bien ceci, pas le moindre! Tout ce que vous pourriez demander ne ferait que diminuer les chances de succès. Pas de zèle inutile!
Quatre jours plus tard, Guépin pénétrait vers minuit dans la chambre de son maître. Il était triomphant. Honoré, qui travaillait à ses comptes, lui demanda dédaigneusement:
—Vous avez trouvé?
—Oui, monsieur.