Honoré tressaillit.

—Cette fois, continua Guépin, ce n'était pas à un rendez-vous, et pour une bonne raison. Je n'insisterai pas sur les détails que m'a donnés le garçon de l'hôtel, et qu'il m'a donnés tout bêtement, sans même se douter que cela m'intéressât si vivement. Monsieur peut être tranquille: je n'ai pas commis la moindre imprudence. Cette jeune fille croyait que Jean Berthier habitait réellement là; elle a interrogé le garçon, a compris qu'on l'avait trompée; elle a été assez énergique pour retenir ses larmes jusqu'au moment où elle est remontée en voiture; mais elle n'a pas eu la force de donner elle-même son adresse au cocher; elle a dû la dire au garçon de l'hôtel, qui l'a répétée au cocher…

—Et cette adresse? interrogea fébrilement Honoré.

—Place des Vosges, monsieur le marquis.

—C'est bien le quartier, murmura Honoré.

Il réfléchit assez longuement; puis:

—Est-ce tout ce que vous avez découvert?

—Non, monsieur, j'ai pris la liberté de pousser plus loin mes investigations. La place des Vosges n'est pas si grande qu'on ne puisse l'explorer en une heure. M. de Brettecourt et M. Florimont parlent toujours si haut que je n'ai pas eu beaucoup de peine à apprendre que la jeune fille que nous cherchons est ouvrière en lingerie et habite avec sa grand'mère…

—C'est exact. Après?

—Il y a plusieurs ouvrières qui habitent place des Vosges, dans les combles de ces vieux hôtels. J'en ai même trouvé deux, habitant l'une et l'autre avec leur grand'mère; mais il n'y en a qu'une qui soit ouvrière en lingerie.. Que monsieur n'ait pas la moindre crainte! Je sais faire bavarder les gens sans jamais me compromettre…