Il prenait plaisir à prolonger son récit, il buvait l'anxiété peinte sur le visage d'Honoré.

—Et je sais son nom. Si ce nom coïncide avec celui que monsieur le marquis ne peut manquer d'avoir découvert dans ses recherches à la Bibliothèque…

—Achevez donc, sacrebleu! maître Guépin…

—Cette jeune fille s'appelle Marie Renaud! Elle était courtisée par un jeune homme qui a disparu depuis quelques semaines… tout d'un coup… et qui, depuis, n'a jamais donné de ses nouvelles. La jeune fille et sa grand'mère sont plongées dans un abominable désespoir… Maintenant, monsieur, c'est bien tout ce que je sais.

—Bien, Guépin. Retirez-vous; nous recauserons de tout cela. Et comptez sur moi, désormais. Vous êtes un fidèle serviteur.

Et lui-même se coucha aussitôt; il ne voulait plus réfléchir à rien. Il avait besoin d'un bon repos avant d'engager la dernière bataille.

Le lendemain, de très bonne heure, il faisait faire chez un papetier d'un quartier excentrique des cartes au nom de JEAN BERTHIER. Sur l'une d'elles, il écrivit ces mots, en se rapprochant autant que possible de l'écriture de son frère:

«Prière de remettre à la personne qui vous portera ce mot les livres et objets que j'ai laissés dans la chambre que j'avais louée boulevard Saint-Michel, numéro 42. Cette personne réglera en même temps ce que je puis devoir encore pour la location.»

Muni de ce mot, Honoré se présenta tranquillement à l'hôtel du boulevard Saint-Michel. Le propriétaire trouva la chose fort naturelle; et Honoré put enlever, sans la moindre difficulté, tout ce que renfermait la chambre de son frère; le propriétaire profita seulement de la circonstance pour s'embrouiller dans ses comptes et demander un mois de plus qu'il ne lui était dû. Honoré paya sans vérifier. Pendant les quelques minutes que dura cette négociation, il eut soin de se tenir à contre-jour. Et d'ailleurs le propriétaire était plus attentif à compter son argent qu'à examiner le visage de son interlocuteur.

—Et si l'on demandait encore M. Jean Berthier, interrogea le propriétaire, que faudrait-il répondre?