—Mais, chérie, je t'aimerais encore davantage si cela était possible!…

—Maman! maman! fit la jeune fille en étendant ses bras, Viens!

Elle la serra contre elle; et elles pleurèrent ensemble.

—Maman, balbutiait Marie, à partir d'aujourd'hui, je ne veux plus être qu'une toute petite fille… Je t'obéirai en tout… Tu ordonneras… Règle notre vie, pourvu que nous partions bien vite, que je ne revoie plus ni ce méchant frère, ni Jean s'il essayait de venir… Allons-nous-en!… Et bien loin!… Je serais toujours tentée de repasser devant ce petit logement où nous avons été si heureuses!

Et maman Renaud approuvait. Certes, oui, il fallait partir, quitter cette maison où la situation de son enfant causerait un scandale.

Le soir même, le congé était donné. Le propriétaire l'accepta sans regret: il déclara à la pauvre femme que pendant longtemps il n'avait eu qu'à se féliciter de les avoir pour locataires, mais que, depuis quelques mois, on avait remarqué des allées et venues d'amoureux, qui ne lui convenaient qu'à moitié. Maman Renaud ne répondit point. A quoi bon discuter, défendre la réputation de sa fille? Est-ce qu'on les reverrait jamais?

—Où irons-nous, maman Renaud?

—Tu verras, tu verras.

Elle songeait à la bien gâter, à lui faire la surprise d'un joli pays, où la température est douce, même l'hiver, un coin de verdure dont elle avait gardé de délicieux souvenirs d'enfance, au bord de la mer. Mais c'était loin, il fallait de l'argent; et elles n'en avaient guère.

—Je mentirai pour en avoir. Il n'y a plus que des menteurs en ce monde, j'ai bien le droit de mentir pour le bonheur de ma fille.