Et elle alla chez Mme Welher rapporter les derniers travaux de Marie.
—Marie n'est pas malade, j'espère? demanda la lingère.
—Non; mais elle a été forcée de quitter Paris; nous avons une vieille parente qui se meurt en province; il y a un petit héritage à recueillir. Et Marie ne rentrera à Paris que lorsque tout sera fini.
—Ah! que c'est fâcheux! s'écria Mme Welher. Moi qui avais de grosses commandes à lui donner!
—Elle vous fera l'ouvrage en province, répliqua tranquillement maman
Renaud.
Elle mentait très bravement, mais en était bien honteuse au fond.
—C'est que, dit Mme Welher, cela marchait vite quand vous étiez toutes deux. N'irez-vous pas la rejoindre?
—J'irais bien, madame; mais j'ai quelques dettes dans mon quartier, un terme en retard. Il me faudrait un billet de cinq cents francs pour pouvoir quitter Paris.
—Eh! je vous l'avancerai, parbleu! s'écria Mme Welher, qui était une femme toute ronde en affaires. Mais que Marie m'écrive! Je l'aime beaucoup, cette enfant, déclara la fabricante de lingerie. Et qu'elle ne se fatigue pas trop, auprès de sa vieille parente!… Vous l'embrasserez pour moi… Ah! qu'elle fasse bien attention aux deux robes de baptême, aux entre-deux en point d'Angleterre!…
Maman Renaud riait en dessous. Son mensonge avait si bien réussi qu'elle n'en avait plus honte; et puis, se disait-elle, on avouerait plus tard la vérité à cette bonne Mme Welher.