Tout le mois de septembre s'écoula. Le mois d'octobre commençait. La marquise était maintenant dans un état d'énervement qui causait à Juliette les plus grandes appréhensions. Chaque jour Honoré partait de bonne heure. Accompagné par Florimont et par Brettecourt, il accomplissait avec un sang-froid imperturbable ce nouveau genre de recherches. Et le soir, sa mère n'avait pas la patience d'attendre qu'il se rendît auprès d'elle; elle courait au-devant de lui dès qu'elle entendait le bruit de sa voiture. Elle l'interrogeait du regard avant même qu'il eût atteint le perron de l'hôtel; et son allure désolée répondait régulièrement que, ce jour-là encore, les recherches avaient été vaines. Et quinze jours s'écoulèrent dans cette dernière attente. La date fixée par Florimont était largement dépassée… Les trois hommes n'espéraient plus… Ils ne continuaient leurs démarches que par pitié pour la marquise.

Enfin, un soir, quand elle vit encore son fils revenir sans nouvelles, elle tomba sur le perron, brisée, vaincue.

Le lendemain elle fit prier Brettecourt et Florimont de se rendre chez elle. Elle les reçut un peu solennellement, dans son grand salon. Honoré, pâle, très froid, était à sa droite; et, à sa gauche, se tenait Juliette, le visage meurtri par les pleurs.

—Messieurs, dit la marquise, j'ai voulu vous remercier, une dernière fois du dévouement si entier, si absolu que vous avez montré envers nous. Si vous n'avez pas réussi, c'est que la victoire étant impossible. Résignons-nous! Inclinons-nous devant la volonté de Dieu; nous ne devons plus espérer qu'en lui.

—Ah! s'écria Brettecourt, faisons une dernière tentative! Encore quelques jours…

—Non, non, Henri, tout serait désormais inutile! Je ne veux pas accepter un plus long sacrifice ni de vous ni de Florimont. Mon cher Florimont, vous avez acquis une grande place dans mon cœur, je vous garderai à jamais une reconnaissance infinie de ce que vous avez fait; car vous avez sacrifié à ma famille le bonheur, la tranquillité de votre première année de mariage: je vous demande l'honneur d'être la marraine de votre premier enfant. Quant à vous, Henri, rejoignez votre régiment! Calmez votre désespoir, n'exposez pas follement votre vie… Vous aurez une noble et belle carrière, et je saurai m'en réjouir… comme s'en serait réjoui mon fils bien-aimé. Adieu, mes braves amis, adieu!

Elle leur tendit ses mains. Brettecourt se mit à genoux devant elle et murmura:

—Merci, merci!… En quelque jour, en quelque lieu que vous ayez besoin de moi, ma vie est à vous!

Florimont balbutia quelques mots sur l'honneur que lui faisait le marquise. Déjà Honoré les reconduisait. Malgré la parfaite réussite de sa trahison, il ne pouvait se défendre d'un instinctif sentiment de terreur, chaque fois qu'il se trouvait en face de Brettecourt; et il respira plus tranquillement quand l'officier se fut enfin éloigné avec le notaire; et il l'accompagna de ce souhait:

—Va donc te faire casser la tête chez les Kabyles!