Mais, il s'occupa des préparatifs de voyage: sa mère voulait se rendre à Angoville et y porter éternellement le deuil de son fils.
A la fin d'octobre, la marquise, Juliette et Honoré étaient installés dans la vieille demeure des Villepreux, pour y passer l'hiver. Tous les jours, la marquise, au bras de Juliette, parcourait le pays, retrouvant partout des souvenirs de son fils, souvenirs d'enfant, souvenirs de jeune homme…
—Que de fois nous nous sommes assis sur ce banc, sur cette pierre, sous ces arbres! disait-elle à Juliette. Il était doux, bon; j'aimais en lui mon fils et son père… Mais je suis cruelle de te répéter tout cela!
—Non, mère, non! C'est si bon de parler de lui!
Et souvent, c'était Juliette qui proposait ces buts de promenade, auxquels elles allaient comme à de pieux pèlerinages.
Quant à Honoré, il se mettait au courant de l'exploitation des fermes, de même qu'il s'était mis à Paris au courant de leur fortune mobilière. Il projetait des changements, songeait déjà à renvoyer de vieux serviteurs, de vieux fermiers qui l'agaçaient en lui parlant de son frère… mais plus tard, lorsqu'il ne craindrait plus de choquer sa mère. En ce moment, il était d'une douceur, d'une bonté parfaites. Il copiait son frère. Et non seulement envers sa mère, mais envers Juliette. Il déployait vis-à-vis de la jeune fille l'habileté la plus consommée, lui répétant à tous propos:
—Que deviendrait ma mère, si vous la quittiez?
—Juliette, dit un jour la douairière, je suis égoïste de te garder dans les larmes et le deuil. L'hiver prochain, nous reviendrons à Paris: mes amies te conduiront dans le monde… Tu te marieras… Et je reviendrai ensuite ici vivre avec ma douleur…
—Mère, ne me parlez pas de vous quitter jamais, jamais…
—Tu ne peux cependant pas rester vieille fille!