—Ne puis-je demeurer toujours auprès de vous… et ne pas rester vieille fille? murmura tendrement Juliette.

La marquise tressaillit; et attirant Juliette sur son sein:

—Tu aimerais Honoré?

Juliette rougit et balbutia:

—Je ne l'aime peut-être pas comme j'aurais aimé son frère… Jamais je n'aurai pour un autre homme l'amour presque divin que j'avais voué à Jean; mais j'aime Honoré de la plus tendre affection, et il est votre fils!

—Ma fille! ma fille! balbutia la marquise. Que tu es bonne! Oui, tu aimeras Honoré, et tu vaincras à jamais ce qu'il y avait de mauvais dans sa nature. D'ailleurs, il a tant changé depuis la mort de son frère! C'est peut-être à toi que je dois cela. Mais lui, lui… t'aime-t-il?

—Je l'ignore, mère. Nous n'avons jamais échangé que des paroles qu'auraient pu se dire un frère et une sœur.

La marquise lutta toute une semaine contre son cœur; elle se disait sans cesse: «N'ai-je pas tort de céder à l'égoïste amour que j'éprouve pour Juliette?… Il me semble que je ne pourrais plus vivre sans elle… Mais Honoré est-il digne d'elle?»

Elle se décida enfin à dévoiler à son fils les pensées de la jeune fille. Honoré joua très bien l'attendrissement:

—Jamais, dit-il, je n'aurais osé, ma mère, vous demander la main de Juliette: je sens que je suis si indigne de cette adorable enfant! Mais, si vous voulez me la donner, ma mère, je l'aimerai toute ma vie à genoux!