D'où venaient-elles? On ne l'avait su que par les étiquettes collées sur leurs bagages; car elles n'avaient raconté leur histoire à personne. Elles venaient de Paris.

Elles étaient très tristes; et, sans avoir de questions à poser, les habitants de Banyuls connurent facilement le motif de leur tristesse: la jeune femme allait bientôt être mère; il n'y avait pas d'époux auprès d'elle; elle ne portait pas le voile des veuves… Il n'était que trop aisé de deviner qu'elle avait été séduite et abandonnée.

Les deux femmes louèrent une toute petite maison, dont l'installation fut vite faite; et, dès le lendemain, on les vit, par une fenêtre, devant une table chargée de lingerie. Elles travaillaient, très courageusement, presque sans mot dire. Et, toutes les semaines, elles envoyaient leur travail à Paris. De même, chaque semaine, on leur expédiait leur besogne.

Des dames, s'étant aperçu que les objets qu'elles confectionnaient étaient fins et jolis, vinrent leur offrir de leur en acheter. La vieille répondit qu'elle n'avait rien à vendre. Mais, dans la visite qu'on leur fît, on vit une layette étendue bien en ordre sur le lit de la jeune femme. Et, selon l'expression des dames qui purent l'examiner, cette layette était une merveille, comme si elle avait dû servir à un petit prince.

L'enfant vint au monde à la fin du mois de septembre. Ce fut un garçon.

—Un rude gaillard! déclara le médecin qui le reçut à son entrée dans la vie.

Quand on demanda à la mère quel nom elle voulait lui donner, elle pleura un peu; puis, elle dit, avec une sorte d'extase dans les yeux:

—Jean!

—Et… le père?

—Inconnu! répondit-elle très simplement.