Ce fut le seul moment où la vieille parut sombre; car, depuis la naissance de l'enfant, elle était tout heureuse, guillerette, rajeunie. Elle soignait le petit, disaient les voisines, et elle l'admirait comme un bon Dieu! La mère, qui avait semblé délicate, se releva bientôt, forte et fraîche. La maternité l'avait embellie. Et alors, chaque jour, les deux femmes allèrent se promener sur le bord de la mer bleue, se disputant la joie de porter l'enfant.
On ne remarquait plus de tristesse sur leur visage. La vieille chantait gaiement de vieux airs pour endormir l'enfant. Et la mère semblait si fière, si heureuse, qu'on se demandait si elle était réellement abandonnée et si bientôt le père n'apparaîtrait pas pour chercher sa femme et son fils. Un si bel enfant!
—Un enfant de l'amour! s'écriait avec enthousiasme le médecin.
Les deux femmes se promenaient un jour, par un temps splendide, oubliant de regarder le superbe paysage qui les environnait. Un seul tableau les intéressait, celui de ce petit être qui dormait dans les bras de sa mère. Rien n'était beau pour elles que cet adoré, toute leur vie désormais.
Elles s'arrêtèrent parce qu'il s'éveillait et demandait le sein. La mère s'assit sous un oranger et nourrit son enfant. Et l'enfant, heureux, eut un sourire que guettaient les deux femmes.
La vieille le contempla longtemps; et, tout d'un coup, le visage assombri, les poings fermés, elle murmura:
—Est-il possible que cet amour soit le fils d'un menteur?
La jeune femme ne cessa pas de regarder son fils; sa figure demeura calme et sereine. Et, d'une voix bien douce, bien tendre, elle dit:
—Maman Renaud, maman Renaud, encore?… Je croyais que tu m'avais promis de pardonner, toi aussi!
Et, baisant son fils, elle ajouta: