—Oui, elle est de tous points accomplie, déclara Villepreux; et je suis heureux, très heureux que ton opinion sur elle soit si flatteuse.
III
LA CONFIDENCE
—Mais où diable veux-tu en venir? s'écria Brettecourt très surpris. Tu parles avec une gravité…
—C'est qu'il s'agit réellement de choses très graves. Ecoute-moi bien. Tu sais, comme tout le monde, que ma mère veut me donner pour femme sa pupille, Mlle Juliette de Persant. Elle ne m'avait jamais parlé ouvertement de ce mariage; mais elle vient de me faire connaître son espérance, la plus chère de toutes ses espérances, m'écrit-elle… Elle a retiré sa pupille du couvent de Rennes où s'achevait son éducation; elle n'a pas eu le courage de se priver encore d'elle jusqu'aux grandes vacances. Et elles m'attendent, toutes deux, à Angoville… où je ne me rendrai cependant pas, en ce moment; car… je ne peux pas épouser cette enfant!
—Parlerais-tu sérieusement? Tu me fais peur!
—Si sérieusement, répondit Villepreux avec un grand calme, que j'avais songé à aller te trouver en Afrique, pour te confier mes projets. Tu es le seul ami à qui je puisse ouvrir mon cœur. Dans les circonstances cruelles de la vie, on a besoin, sinon de demander des conseils, qu'on ne suit généralement pas, du moins de dire ses angoisses…
—Est-il possible que tu n'aimes pas Mlle de Persant?
—Je l'aime, Henri, mais comme on peut aimer une enfant qu'on a fait sauter sur ses genoux, dont on a guidé les premiers pas, dont on a pris l'habitude de se considérer comme le protecteur… C'est moi, je te donne là un détail enfantin mais qui te fera tout comprendre, c'est moi qui lui ai montré ses lettres quand elle a appris à lire… J'aime Juliette, oui! mais pas comme on doit aimer sa femme!
—Ton affection deviendrait bien vite de l'amour…