—Non! déclara énergiquement Villepreux. Il y a un an encore, j'aurais raisonné comme toi, parce que, il y a un an, je ne connaissais pas l'amour… le véritable amour!…
Lentement, Brettecourt prononça:
—Jean, tu aimes une méchante femme!
Villepreux devint blême.
—Tu parles sans savoir, murmura-t-il; oui, j'aime!… Tu connaîtras tout à l'heure l'histoire de mon amour; mais, laisse-moi d'abord m'occuper de toi, de Juliette… Ton cœur est libre, n'est-ce pas?
—Parbleu! fit légèrement Brettecourt.
—Eh bien, suppose qu'il n'ait jamais existé de projet de mariage entre Juliette et moi, et qu'on veuille te la donner! Entre toi et moi, il ne saurait exister aucune susceptibilité; or, je n'épouserai jamais Juliette; elle est riche, noble, belle; elle sera courtisée pour son argent; son mariage ressemblerait alors à tous les mariages de notre monde et serait par suite mauvais. Ce serait un remords terrible pour moi. Toi, tu n'as plus grand'chose, puisque ton pauvre père est mort ruiné; mais je sais qu'aucun sentiment d'intérêt n'influerait sur ta volonté; tu es le seul homme que je veuille pour le mari de Juliette, le seul qui assurera son bonheur…
—Mais si elle t'aime déjà?
—Affection de sœur, ami! Et tu n'auras qu'à paraître, à te montrer tel que tu es, si bon, si brave, si généreux, portant si dignement ton grand nom; et la chère enfant t'aura bien vite ouvert son cœur… Vois-tu, il se passe en moi des choses si graves que je m'imagine parfois que je pourrais mourir; et alors, je veux unir les deux êtres que j'aime le plus au monde après ma mère!…
—Et… cette femme? interrogea anxieusement Brettecourt.