Vauchelles, en disant ces mots, n'avait cru prononcer qu'une de ces phrases banales qu'on lance un peu au hasard pour prévenir une catastrophe.
—C'est bien assez d'un malheur! ajouta-t-il.
En lui-même, Brettecourt murmura: «Il a raison; ma vie ne m'appartient plus… Villepreux mort, c'est sa fiancée perdue dans la vie, abandonnée, son enfant sans père… Mon devoir est de le remplacer, d'être le père de cet enfant!» Puis, une nouvelle terreur le glaça; sa présence d'esprit lui revenait peu à peu: son ami ne lui avait pas dit le nom de cette jeune fille; comment la trouverait-il, puisqu'elle-même ne connaissait son amant que sous un nom supposé? Il se redressa brusquement; son visage avait pris une expression résolue.
—Ne craignez rien, Vauchelles. J'ai eu tout à l'heure un moment de faiblesse; pardonnez-moi! J'aimais tant Villepreux! Mais j'aurai le courage de supporter mon malheur.
Il revint dans la salle d'armes et s'agenouilla devant le corps de son ami, le regardant d'un œil hébété; et il se mit à pleurer lentement, enfantinement, avec des hoquets convulsifs qui, par moments, le secouaient tout entier.
Cependant, le vieux Grandier, aidé par quelques membres du cercle, donnait les premiers soins au marquis de Villepreux.
—Quel chagrin pour moi qui les aimais tant tous les deux! murmurait le maître d'armes.
Vauchelles défaisait le plastron, tâtait la poitrine.
—Il respire encore, dit-il à voix basse:
—Mais si peu, monsieur le baron!