—L'œil est bien perdu.

—Ah! si ce n'était que l'œil!

Et Grandier, d'un signe de tête, montra l'arme de Brettecourt; il n'était que trop facile de deviner à quelle profondeur elle avait pénétré dans le cerveau.

En attendant l'arrivée d'un médecin, qu'un domestique était allé chercher, les membres du cercle qui avaient assisté à l'assaut se répandaient dans toutes les salles, annonçant la sinistre nouvelle. Et c'était un défilé de tous ces hommes dans la salle d'armes; ils n'y passaient que peu d'instants, moins pour échapper au spectacle de ce corps à peu près inanimé qu'à celui de la douleur de Brettecourt, qui faisait mal à voir.

Quelques instants plus tard, le docteur Delmas pénétrait dans la salle d'armes. Par suite d'un hasard qui était presque une consolation au milieu d'une telle catastrophe, c'était le médecin de la famille de Villepreux; on avait pu le prendre au moment où il partait pour ses visites de l'après-midi.

En voyant ce médecin, qui allait prononcer l'arrêt suprême, Brettecourt se releva d'un seul mouvement et, glacé d'effroi, alla se plaquer contre le mur: ou eût dit un criminel attendant sa condamnation.

M. Delmas, ne songeant qu'au blessé, ne vit pas Brettecourt. Il s'agenouilla devant Villepreux, étudia d'abord sa respiration, lente, à peine perceptible, le pouls qui était très faible; il n'eut pas besoin d'examiner longuement la blessure: il regarda plutôt les mains, les pieds, qu'il fit mettre à nu et qui étaient froids, livides; il regarda aussi l'épée. Puis, tristement:

—Ce pauvre jeune homme est perdu. Ce n'est plus qu'une question d'heures…

—O mon Dieu! s'écria Brettecourt.

Et ses sanglots éclatèrent de nouveau, si douloureux, si lamentables, que le médecin courut à lui.