Quand la porte se fut refermée sur la jeune fille, la grand'mère y colla son oreille. Elle entendit un sanglot qui éclatait avec d'autant plus de violence qu'il avait été contenu toute la soirée. Et elle-même sentit de grosses larmes couler sur ses joues. Et elle se mit à marcher dans la pièce, d'un pas agité. Mais bientôt, elle ne pleurait plus. Tout à l'heure, elle avait été attendrie par la douleur de sa chérie; en ce moment, elle était toute à sa colère, à son indignation…
—Il l'abandonne, c'est certain!… Et pourtant, moi, si défiante, moi qui avais peur pour elle de tous les hommes, j'avais eu confiance en ce Jean Berthier!… Comme si mon expérience ne m'avait pas appris que tous les hommes sont des trompeurs!.. Tous? Non, pas tous!…
Elle s'arrêtait sous le portrait d'officier, une reproduction agrandie, très pâle, d'une ancienne photographie:
—Tu ne l'étais pas, toi, mon fils!
Elle contempla longuement ce portrait, fait à la sortie de Saint-Cyr, qui lui montrait son fils dans son costume de sous-lieutenant. Elle le voyait si beau, si noble, si brave!
—Ah! si tu étais encore là, toi! on n'aurait pas osé l'abandonner ainsi!… Et moi, mon Dieu! Moi qui ai laissé s'enraciner cet amour dans son cœur!… O mon fils, pardon!
Elle leva ses mains vers le portrait. Puis elle rangea la pièce. Et elle regagna enfin la chambre où elles couchaient toutes les deux, où leurs lits étaient rangés côte à côte, comme dans un dortoir, où elles avaient été si heureuses… avant!
Les soirs précédents, Marie ne s'endormait qu'avec peine; mais, ce soir-là, la fatigue l'emportait: les émotions l'avaient brisée; elle dormait déjà. La vieille se dévêtit bien doucement, de peur de l'éveiller; elle n'osa même pas l'embrasser, comme elle faisait toujours. Elle s'agenouilla seulement devant le lit et s'approcha pour la contempler. Les lèvres de Marie s'entr'ouvrirent bientôt et murmurèrent:
—Jean… Jean… Jean…
La vieille alors serra les poings, en murmurant: