Honoré était demeuré seul dans l'appartement de son frère; mais il n'avait encore eu la force de rien faire. Il était écrasé par ce superbe coup de fortune.

Pas un regret n'agitait son âme. Emporté par l'orgueil, il examinait d'un coup d'œil rapide cette chambre qui n'aurait jamais dû être la sienne, la chambre des marquis de Villepreux. La chambre qu'il avait eue, lui, était fort belle aussi, aussi richement meublée; mais ce n'était qu'une chambre de cadet. Ici, c'était bien le logis de l'aîné, l'appartement auquel on n'avait pas osé touché depuis deux siècles. C'est là, dans un meuble Louis XIV, assez bas, large et épais, que se trouvaient les archives de la famille; là qu'avait habité son père, là que, de la main à la main, il avait, à son lit de mort, remis sa fortune à son aîné. Tout ici lui rappelait sa situation de cadet, ses humiliations… qui cessaient tout d'un coup.

C'était lui, maintenant, le marquis de Villepreux!

Tout était à lui, désormais, titre, fortune. Plus rien ne pouvait menacer son avenir; une seule complication aurait pu l'effrayer: cette femme, cet enfant… Et il allait être le seul à les connaître.

Cependant, Guépin rentrait dans la chambre. Il jeta vite un coup d'œil au secrétaire et sourit en le voyant toujours fermé.

«D'ailleurs, pensa-t-il, il ne trouverait rien sans moi.»

Honoré lui ordonna de prendre les dispositions nécessaires pour transformer en chapelle ardente la chambre de son frère. Puis, il rédigea cette dépêche:

«Ma mère, soyez forte! Un malheur affreux vient de nous frapper.
Jean est très mal. Venez immédiatement.

«HONORÉ.»

—Allez tout de suite au télégraphe, Guépin!