Mais Guépin envoya la dépêche par le concierge: il ne voulait pas quitter l'hôtel. C'est lui qui fit disposer la classique main de papier dans le vestibule, sur une table recouverte d'un tapis noir. Et il s'assura que tout avait bien l'allure correcte et compassée de la douleur moderne.
Deux domestiques parlaient à voix haute, il les réprimanda. Il soignait la mise en scène du désespoir de son nouveau maître; car il était bien certain de ne plus quitter Honoré de Villepreux.
Quand il remonta dans la chambre, les autres domestiques avaient tout préparé: une commode avait été transformée en petit autel, on était allé chercher de l'eau bénite à Sainte-Clotilde; et, dans la coupe d'onyx qui la renfermait, trempait une branche de buis, que la marquise avait suspendue, au-dessus du lit de son fils, le dimanche des Rameaux.
Il ne restait plus qu'à faire la toilette du mort. Guépin ne laissa ce soin à personne.
Et bientôt, Jean de Villepreux apparut, étendu dans son lit, vêtu de son habit, sur lequel tranchait le ruban bleu de la médaille de Crimée. La vue de ce modeste ruban amena, sur les lèvres d'Honoré, un imperceptible sourire. Il avait toujours trouvé ridicule la fierté avec laquelle son frère le portait.
Le nouveau marquis demeurait assis, dans un fauteuil, tout près de ce secrétaire qu'il gardait jalousement. Son visage caché dans les mains, il semblait écrasé de douleur; mais il suivait attentivement tout ce qui se passait. Enfin, il fut seul avec Guépin, qui avait renvoyé tous les domestiques, une fois la besogne terminée. Honoré se leva alors et s'avança vers le secrétaire; mais Guépin, parlant très bas, dit:
—Si monsieur le marquis veut me croire, il attendra que tout le monde soit couché dans l'hôtel…
Honoré se rassit, vexé de trouver si justes toutes les observations du valet de chambre, n'osant pas lui résister, et éprouvant cette humiliation des grands qui ont besoin d'un petit. Et la nuit le surprit, portant alternativement ses regards, du cadavre de son frère au petit meuble qui contenait son secret.