La soirée aurait paru interminable à Honoré de Villepreux, si elle n'avait été coupée tout d'abord par la visite du médecin des morts. Ce médecin fut reçu par Honoré et même par Guépin au milieu de telles marques de désolation que, malgré l'indifférence que lui donnaient forcément ses fonctions, il crut nécessaire d'adresser quelques paroles de consolation au nouveau marquis de Villepreux. Honoré les accepta en sanglotant. Et, peu à peu, le bruit se répandait dans tout l'hôtel que M. Honoré était beaucoup plus tendre, beaucoup plus affectueux qu'on ne l'aurait cru.
Ensuite, il fit venir auprès de lui les vieux domestiques qui servaient spécialement sa mère, et leur donna les ordres les plus méticuleux afin que la marquise n'eût à s'occuper de rien à son retour.
Il prit aussi les dispositions nécessaires pour qu'un petit appartement, voisin de celui de sa mère, fût rapidement aménagé: c'est là que lui, désormais chef de famille, voulait que Juliette de Persant s'installât; la petite chambre de jeune fille, qu'elle avait occupée jusqu'alors, ne lui semblait plus suffisante. Cette sollicitude, pour une jeune fille, dont Honoré se montrait auparavant très jaloux, frappa tout spécialement.
Pendant cette soirée, autant pour tromper son impatience que pour surprendre sa mère le lendemain, Honoré, sans quitter la chambre de son frère, dirigea l'installation de l'appartement de Juliette: il faisait déplacer les jolis meubles, les choses particulièrement délicates que renfermait l'hôtel, tout ce qui pouvait charmer l'œil d'une jeune fille, et le faisait porter dans la chambre qu'il donnait à Mlle de Persant.
Il savait bien pourquoi sa mère était partie de Paris si brusquement; et il ne doutait pas qu'elle ne ramenât Juliette, et pour toujours.
En ce moment, elle avait reçu sans doute sa dépêche, envoyée au château d'Angoville par un exprès; elle avait dû tout quitter, comme folle, faire atteler et rejoindre le train de nuit; elle arriverait le lendemain de bonne heure. Et il voulait lui dire à son arrivée:
—Juliette habitera désormais le petit appartement voisin du vôtre.
Lorsque minuit sonna, les domestiques étaient brisés de fatigue; et, malgré l'intention que plusieurs d'entre eux avaient manifestée de veiller leur maître, tous s'inclinèrent sans résistance quand Guépin leur dit:
—M. le marquis veut veiller seul le corps de son frère.
Une demi-heure plus tard, il revenait auprès du marquis et disait: