Honoré était décidément forcé d'en passer par les volontés du drôle.
Guépin s'installa devant le secrétaire.
—J'avais fait quelques remarques sur la façon dont M. le marquis ouvrait et fermait ce petit meuble…
Plaçant son pied contre le pied droit du secrétaire, il poussa vivement. En même temps il s'appuyait très fortement sur la tablette et, de ses deux mains, pressait à droite et à gauche sur une bande de bois de rose qui semblait incrustée dans un encadrement noir. Aussitôt, la bande de bois de rose bascula; et les deux hommes aperçurent une cachette de petite dimension qui renfermait des papiers. Honoré s'élança pour les prendre; mais Guépin avait été plus prompt que lui. Le digne valet de chambre s'en était déjà emparé et se reculait les tenant bien serrés dans sa main.
Honoré ne put s'empêcher de prononcer: «Drôle!»
Guépin ne sourcilla même pas; il dit simplement, tout en dardant ses yeux sur ceux du marquis:
—Je vais certainement remettre tous ces papiers à monsieur; mais, auparavant, je prendrai la liberté de faire remarquer à monsieur deux choses: la première, c'est que, sans moi, monsieur n'aurait jamais trouvé ces documents; la seconde, c'est que je pouvais m'en emparer et les remettre à Mme la marquise. Je désire simplement que monsieur me donne l'assurance que je ne le quitterai jamais!
—Eh parbleu, oui! prononça Honoré, tendant la main pour prendre les papiers. Et si je trouve là ce que je cherche, vous recevrez dix mille francs, Guépin.
—Il y a plaisir à travailler pour monsieur le marquis, déclara mielleusement Guépin, qui entrevoyait beaucoup d'autres dix mille francs succédant aux premiers.
Déjà Honoré lisait les premiers mots de la lettre de son frère.