«Ma mère chérie,

«C'est en tremblant que je vous écris…»

[Illustration: Honoré recommença deux fois son examen. (Page 44.)]

Une joie sauvage éclaira sa figure: il était maître de l'avenir.

En écrivant ces mots d'une main fiévreuse, Jean de Villepreux n'avait voulu faire qu'un brouillon, un projet de lettre où il jetterait au hasard toutes ses pensées, se réservant de le corriger ensuite, de le raturer, d'en enlever tout ce qui lui semblerait de nature à choquer sa mère. Et cependant, quand, après l'avoir terminé, il l'avait relu hâtivement, il n'avait pas trouvé une phrase à changer, un mot à supprimer.

[Illustration: je tremblais presque de l'avoir à mon bras. (Voir page 53.)]

C'est qu'il avait écrit simplement, loyalement, son histoire, avec l'éloquence du cœur.

«Ma mère chérie,

«C'est en tremblant que je vous écris… J'aurais dû vous dire de vive voix tout ce que vous allez lire, vous le dire en me mettant à vos genoux. Je n'en ai pas eu le courage, mais pas parce que je craignais de blesser votre orgueil… Je sais seulement que je vais vous causer une peine infinie, et cela me brise le cœur. Je voudrais être encore enfant, je trouverais alors peut-être des caresses si tendres que votre amour ne verrait plus en moi que la créature adorée en qui revit mon noble père; et vous auriez, j'en suis certain, un de ces moments de fol amour maternel où toutes les indulgences semblent non seulement possibles mais naturelles aux vraies mères.

«D'abord, je vous dois la confession de ma vie, et je vais vous la faire comme si j'étais devant Dieu. Autrefois, quand j'étais si petit que vous me teniez sur vos genoux, vous m'appreniez à dire mes fautes. Et, dans votre bonté, vous les pardonniez toujours en un baiser.