«—Surtout pour les trousseaux; ma petite-fille est très adroite; moi, je prépare le gros ouvrage.

«Je vous assure, ma mère, qu'il y a quelque chose de très beau à parler aussi simplement de son travail. Et il était si facile de comprendre que c'était seul leur travail qui les faisait vivre!…

«—Et vous, monsieur?

«Cette question, posée par la jeune fille, me bouleversa. Pouvais-je répondre que j'étais le marquis de Villepreux, rompre d'un seul mot cette petite intrigue charmante qui me ravissait? Dire mon nom, c'était élever une barrière absolue entre mon inconnue et moi. Elle devait me croire aussi dans une situation modeste; je fis un mensonge:

«—Je suis étudiant en droit…

«La grand'mère me dévisagea, défiante; elle ne me trouvait pas assez jeune. J'ajoutai, tout embarrassé:

«—C'est-à-dire que j'ai fini ma licence depuis longtemps; je suis avocat… Seulement, je reste encore à Paris, pour terminer mes études de doctorat avant de retourner en province…

«Je mentais bravement, en regardant la jeune fille, moi qui croyais ne pas savoir mentir; mais j'étais timide, au fond, je n'osais pas lui demander son nom de famille, je savais simplement qu'elle s'appelait Marie, et cela me suffisait.

«Je la fis danser une seconde fois, et lui demandai alors si elle n'avait pas d'autre famille que sa grand'mère.

«—Non, monsieur. Mon père est mort pendant la guerre de Crimée; ma mère, brisée par le chagrin, l'a suivi bientôt; et nous sommes restées toutes les deux seules.