La marquise douairière de Villepreux était encore très belle. Elle touchait à la cinquantaine et paraissait à peine avoir quarante ans, sans recourir d'ailleurs à aucun artifice de toilette; elle n'avait jamais essayé de rester jeune femme. Son mari mort, elle avait dédaigné toute coquetterie.

Elle ne voulait plus être que mère, mais une mère jeune, aimante, gracieuse. Et peut-être est-il inexact de dire qu'il n'y avait plus la moindre coquetterie en elle; car elle avait celle de vouloir effacer dans l'imagination de son fils toutes les jeunes femmes qu'il courtisait.

Elle n'était décidée à abdiquer que devant la femme qu'elle lui avait choisie, devant Juliette de Persant. Et alors, elle deviendrait grand'mère.

Quand elle parlait de Jean, ses yeux noirs prenaient un éclat extraordinaire, une légère rougeur montait à ses joues habituellement assez pâles. Et elle semblait vraiment toute jeune.

Elle n'avait presque pas de rides, ses cheveux étaient toujours d'un noir de jais. Elle avait encore la taille mince, malgré un léger embonpoint qu'elle appelait en riant de la vieille graisse; et elle était très vigoureuse.

Si elle s'appuyait sur le bras de Juliette, c'était pour mieux sentir ce jeune cœur, qu'elle savait battre à son unisson.

Juliette de Persant méritait bien l'affection si tendre que lui portait la douairière. Son visage long, ovale, naïf, éclairé par de grands yeux bleus, ressemblait à celui de ces vierges qu'on voit sur les vitraux des vieilles églises; ses cheveux séparés sur son front pur en deux bandeaux étaient d'un brun délicat, nuancés d'or aux tempes et à la nuque; son nez, d'une finesse exquise, paraissait fragile comme une mince feuille de porcelaine; ses lèvres gracieuses, bien ouvertes, pleines de sang, indiquaient la bonté.

Son portrait moral ressemblait à celui de la marquise, comme un reflet ressemble à la lumière. Et toutes ses pensées, toutes ses aspirations se résumaient en une unique chose: elle admirait Jean de Villepreux.

Elles étaient arrivées à la vieille salle romane et passaient devant les boxes.

—Voici Lutin, son favori, dit fièrement la marquise…