Juliette avait fait préparer à la hâte la malle de Mme de Villepreux et la sienne. La dépêche était arrivée un peu avant cinq heures: à six heures, la voiture se rangeait devant le perron du château, les malles étaient chargées.
—Ma mère, nous n'avons plus qu'à partir.
Et Juliette entraînait la marquise. Les domestiques s'étaient placés auprès de la voiture. Tous pleuraient. Dans cette minute d'adieu à ces gens qui la révéraient, la marquise eut la force de prononcer en se redressant:
—Merci, mes amis! Et priez pour lui!
Et les deux femmes, serrées l'une contre l'autre, eurent de nouveaux sanglots, qui redoublèrent encore lorsque la voiture quitta l'avenue qui menait de la grande route au château. C'était là qu'elles avaient rêvé le bonheur; leurs espérances étaient à jamais brisées.
Elles arrivèrent à Saint-Lô quelques secondes avant sept heures et demie: elles purent prendre le train, qui les amena à Lison à huit heures. Et, à Lison, elles attendirent l'express de Cherbourg à Paris qui passe à huit heures vingt-deux. Quand elles furent montées dans l'express, Mme de Villepreux força doucement Juliette à s'étendre. Et la jeune fille écrasée par la fatigue et l'émotion s'endormit au bout d'une heure. La marquise ne ferma pas l'œil de la nuit, il lui semblait qu'elle voyait son fils étendu sur son lit, n'attendant plus que de l'avoir embrassée pour rendre le dernier soupir.
—O mon Dieu! murmurait-elle parfois, faites que je le revoie, que je puisse recevoir sa dernière pensée!
Elles arrivèrent à Paris un peu après quatre heures du matin. Personne ne les attendait à la gare. Ce premier isolement causa une atroce impression à la marquise. Elle ne réfléchit pas que son fils ne l'attendait sans doute que plus tard.
—Honoré n'est pas venu au-devant de nous, dit-elle, c'est que tout espoir est perdu.
Elle était cependant plus calme. Cette longue nuit passée dans l'anxiété la plus poignante, l'avait préparée à la résignation.