Ce n'était pas sans une légère appréhension que Juliette se laissait entraîner par Honoré. Ainsi que Jean, elle avait eu souvent à souffrir du caractère jaloux, haineux, du second fils de la marquise; il lui avait souvent montré qu'il la considérait comme une intruse; un jour même, elle l'avait entendu qui disait à la marquise, dans un moment de violence:

—Cette petite me vole votre affection!

Et, tout d'un coup, elle songeait aux changements qui pouvaient se produire dans son existence, maintenant que le fils cadet était devenu l'aîné, le chef de la maison. Sans doute, la marquise voudrait la conserver auprès d'elle; mais pourrait-elle accepter cette situation, si elle était détestée par le chef de la famille?

Aussi fut-elle très heureusement surprise quand Honoré lui dit d'un ton de bien sincère amitié:

—Ma chère Juliette, excusez-moi si vous ne trouvez pas, dès votre arrivée ici, une installation complète. Je suis si troublé depuis hier! J'ai pensé seulement que ma mère serait bien heureuse de vous avoir auprès d'elle…

Il ouvrit la porte de l'appartement.

—Vous voici chez vous. J'ai donné quelques ordres, à la hâte, pour que vous n'ayez pas trop à souffrir d'une première installation. Dans quelques jours, vous me direz tout ce qui peut vous manquer. Je n'ai pas, hélas! la prétention de croire que j'occuperai dans votre cœur la place qu'y occupait mon frère bien-aimé; mais je tâcherai que le vide qu'il laisse dans cette maison ne vous semble pas trop grand.

Il avait débité ses deux tirades d'un air parfaitement ému. Juliette le remercia avec attendrissement. Jeune âme qui croyait à peine que le mal existât!

Honoré s'était déjà retiré; il alla embrasser sa mère qui priait devant le lit du mort. Puis, fidèle au programme qu'il s'était tracé, il prit toutes les dispositions nécessaires pour l'enterrement; il donnait tous les ordres dans l'hôtel, et avec une douceur, une mesure qui surprenaient. On s'attendait à avoir en lui un maître irascible, orgueilleux, et on le voyait aussi bon, aussi indulgent que l'avait été son frère.

Au milieu de la journée, sa mère, qui n'avait pas quitté la chambre de Jean, essaya de lui poser quelques questions sur ce qui avait été fait, sur ce qui était à faire encore. Il la serra dans ses bras, avec un véritable élan de tendresse, et répondit: