—Henri… murmura-t-elle; il est donc à Paris?… Oui… oui… cela me fera du bien de l'embrasser… Il aimait tant mon fils!
Guépin s'éloignait, très lentement.
—Attendez, ordonna Honoré.
Et s'adressant à sa mère, avec une grande solennité:
—Ce matin, ma mère, vous nous avez donné une belle leçon de générosité: devant votre fils mort, vous avez dit que vous ne vouliez pas connaître le nom de celui qui l'avait frappé; je vous ai admirée. Mais, ce nom, il m'est impossible de vous le taire plus longtemps… C'est Henri de Brettecourt!
[Illustration:—Pourquoi me l'avez-vous pris, mon Dieu? Ne pouviez-vous me frapper, moi, vieille, moi qui ne sers plus à rien sur cette terre?… (Voir page 69.)]
—-Lui!… Henri!… Henri se serait battu en duel avec ton frère?…
C'est impossible!
—Non, ma mère, Henri ne s'est pas battu en duel avec mon frère; et nous ne pouvons accuser que la fatalité. Henri revenait d'Afrique; sa première visite a été naturellement pour nous. Il a passé la journée avec Jean; ils ont fait des armes ensemble, et, dans le feu de l'assaut, l'épée démouchetée d'Henri a traversé le masque de Jean et pénétré dans la tête par l'œil droit. La mort n'a pas été instantanée, mais Jean est mort sans avoir repris connaissance…
—Henri, balbutia la marquise, Henri que j'aimais comme mon enfant,
Henri m'a tué mon bien-aimé fils? Oh! mon Dieu! c'est trop, cela!…
C'est trop!
Elle poussa un soupir lamentable et se renversa en arrière: Honoré la reçut dans ses bras, à demi évanouie.