—Ah! ma mère, croyez bien que je n'ai pas attendu votre retour pour déclarer à Henri, en votre nom comme au mien, que cet affreux malheur ne changeait rien à l'amitié que nous avons toujours éprouvée pour lui! Je n'ai pas eu pour lui un seul mot de reproche… Mais sa présence… ici… vous aurait fait trop de mal!
—Merci, mon enfant!
Elle l'attira contre son sein. Oh! qu'elle était touchée des soins dont il l'entourait depuis son arrivée!… Elle ne l'aurait jamais cru si tendre, si dévoué. Et d'ailleurs, il avait maintenant, pour elle, une qualité qui primait toutes les autres: il était devenu le chef de la famille. Il était le marquis de Villepreux! Elle oubliait sa jeunesse méchante, envieuse, ses colères terribles contre son frère, son animosité contre Juliette. Elle ne voyait plus en lui que le dernier descendant des Villepreux qu'elle devait aimer et même respecter par-dessus tout. Et lui, sentant grandir sa puissance, cachait sa joie sous une attitude de parfaite soumission.
Il essaya d'éloigner sa mère pendant qu'on étendait Jean dans sa dernière couche; mais elle eut l'énergie de rester. Elle avait tant pleuré qu'elle assista, sans une larme, à ce navrant spectacle. Et ce ne fut que lorsque son fils eut disparu pour jamais, lorsqu'elle eut déposé sur le bois du cercueil le dernier baiser, qu'elle consentit à se reposer un peu.
Juliette était venue la chercher.
—Pauvre enfant, lui dit-elle en s'éloignant, je ne me suis guère occupée de toi; je demanderai à Honoré qu'il t'installe tout près de moi, que je te sente dormir à mes côtés.
Juliette, malgré sa tristesse, eut un doux sourire:
—Venez, mère!
Et, la faisant entrer dans sa chambre, elle ajouta:
—Honoré a prévenu nos désirs.