Ce fut une exquise consolation pour Mme de Villepreux; elle ne s'attendait certes pas à une si jolie délicatesse de la part de son fils.

«Nous le jugions mal,» pensa-t-elle.

L'enterrement eut lieu le lendemain. Il fut très noble et très majestueux, mais se distingua de la généralité des enterrements mondains par la douleur sincère qui se lisait sur presque tous les visages: Jean de Villepreux n'avait pas un ennemi.

Brettecourt suivit le cortège entre Vauchelles et le maître d'armes Grandier. Au Père-Lachaise, il se cacha derrière une tombe, fuyant le regard de Mme de Villepreux.

On trouva, en général, que le nouveau marquis de Villepreux pleurait un peu trop: on ne croyait pas à ces larmes. Et Vauchelles, qui était un affreux sceptique, les compara aux célèbres larmes de crocodile de Catherine de Médicis. On admira, au contraire, l'énergie de la marquise. Elle n'eut pas une défaillance, même lorsque se produisit le roulement lugubre des cordages remontant après la descente du cercueil. Et c'est elle qui ramena à sa voiture Juliette toute tordue de sanglots.

A la sortie du cimetière, tandis que la foule des amis s'éloignait, après ces salutations et ces accablantes poignées de main qui prolongent la douleur, la marquise aperçut Brettecourt qui partait bien vite, comme honteux. Elle eut alors, en souvenir de son fils, une sublime pensée de bonté. Elle appela:

—Henri!

Il s'arrêta, demeura quelques instants immobile, n'osant s'avancer vers elle. Puis, éclatant en larmes, il se précipita sur ses deux mains qu'elle lui tendait.

—Pardon, balbutia-t-il, pardon!

Et il couvrit de baisers les mains de la pauvre mère. Déjà la foule le poussait, les banales poignées de main recommençaient; et bientôt la marquise se trouva seule avec Honoré.