Ils rejoignirent Juliette qui sanglotait toujours, presque renversée sur les coussins de la voiture. Et ils rentrèrent à l'hôtel, sans avoir prononcé une parole. La marquise, marchant automatiquement, se rendit dans la chambre de Jean. Et là, elle eut sa plus violente crise de désespoir: elle s'était jetée sur le lit et baisait la place où avait été étendu son fils. Juliette et Honoré la contemplaient sans rien oser dire. Enfin, elle se releva, les prit tous les deux contre elle et s'écria:

—Mes enfants, si vous voulez que mon malheur soit moins grand, aimez-vous bien tous les deux!

Pour seule réponse, Honoré attira Juliette et l'embrassa avec effusion.

Puis il dit:

—Ma mère, si vous le voulez, cette chambre restera toujours ainsi… Ce serait comme une chapelle où nous conserverions intact le souvenir de mon frère…

Cette pensée toucha profondément la marquise; mais elle eut l'énergie de faire son devoir.

—Non, dit-elle, je refuse. Cette chambre n'était pas seulement celle de ton frère; c'est la chambre des marquis de Villepreux. Tu l'occuperas désormais, mon fils, toi, marquis de Villepreux, chef de notre maison!

En prononçant ces paroles, la marquise eut une telle allure de grandeur que son fils lui-même en fut ému. Il lui sembla qu'il devenait un autre homme; et, pendant quelques minutes, il regretta sa méchante action. Juliette avait doucement levé ses beaux yeux vers lui.

—Je te remercie, dit encore sa mère, de ce que tu as fait pour
Juliette; tu es un bon fils.

Maintenant tous les changements étaient accomplis.