Le lendemain, la marquise reçut, parle courrier du matin, une lettre dont l'écriture la fit longuement tressaillir. Et la malheureuse mère hésita longtemps avant de l'ouvrir.

—J'aurais préféré qu'il ne m'écrivît pas! murmurait-elle.

Elle lut enfin ceci:

«Madame,

«Pardonnez-moi de vous importuner. Dieu m'est témoin que, si un devoir impérieux ne me forçait à vous revoir, je retournerais immédiatement en Afrique, sans même profiter de mon congé. Je comprends à quel point ma présence peut vous faire du mal.

«Vous m'avez permis, hier, avec une générosité admirable, d'implorer mon pardon. Cela suffit à mon cœur. Aussi, n'est-ce pas pour moi que je vous demande une entrevue, et une entrevue secrète… Dans les dernières heures que j'ai passées avec mon ami bien-aimé, j'ai reçu de lui une confidence que mon devoir m'ordonne de vous répéter. Il s'agit d'une chose très grave, d'une chose qui peut, je vous l'affirme, atténuer votre douleur. Je me présenterai chez vous dans la journée. Recevez-moi, je vous en supplie à deux genoux, non pour moi, mais pour mon ami Jean de Villepreux.

«J'ose à peine vous assurer de mon respectueux dévouement, et de mon ardente affection.

«HENRI DE BRETTECOURT.»

La marquise montra la lettre à Honoré. Celui-ci dissimula parfaitement son trouble. Et il se dit, d'ailleurs, qu'il valait mieux recevoir Brettecourt, lui faire raconter le peu qu'il savait. Cela ne lui permettrait que de mieux lutter ensuite contre l'ami de son frère.

—Recevez-le, ma mère, dit-il, avec un triste sourire. Ce pauvre Henri est si malheureux qu'on ne peut lui en vouloir de chercher un moyen de s'approcher une dernière fois de vous.