—Alors, Florimont, parlez en toute franchise.
Le notaire s'installa bien commodément et réfléchit un peu; il avait l'habitude de toujours ruminer ses petits discours.
—J'ai à peine besoin de vous dire, madame, que dans votre douleur, vous ne trouverez pas de plus respectueuse, de plus grande sympathie que la mienne. Personne, en dehors de votre famille et de M. de Brettecourt, n'a été plus vivement frappé que moi par la mort… subite de votre fils. Il daignait voir en moi autre chose qu'un notaire; et, dans les derniers jours de sa vie, il avait eu la bonté de me traiter en ami. Voulant préparer son testament, il m'avait consulté; et je lui avais donné des conseils, que vous désapprouverez peut-être, mais que me commandait l'honneur, et qui étaient du reste conformes à ses désirs les plus chers. Je vous demanderai la permission de parler très… nettement. Si, dans mes paroles, quelque chose vous choque, vous me le pardonnerez certainement, puisqu'il s'agit des dernières volontés de votre fils. Le marquis de Villepreux… aimait une jeune ouvrière,—je raconte les choses tout simplement, madame,—une jeune fille charmante, me dit-il, à laquelle il avait formellement résolu de consacrer son existence. Et, il voulait aller retrouver M. de Brettecourt en Afrique et lui demander de plaider sa cause auprès de vous…
Il a heureusement pu ouvrir son cœur à son ami, avant ce déplorable accident…
—Oui, oui! fit la marquise, un peu impatiente; et Henri vient de tout me répéter…
—Quant à moi, j'aurais hésité à conseiller au marquis de poursuivre ses projets, s'il n'avait ajouté que cette jeune fille était déjà sa femme et que, dans quelques mois, elle serait mère…
J'ai toujours considéré l'abandon d'un enfant comme la plus lâche des infamies. J'approuvai donc pleinement les intentions de votre fils.
—Vous fîtes bien, Florimont.
Enchanté, le notaire poursuivit:
—Le marquis avait prévu sa mort; il me dit à diverses reprises: «Il me semble que je n'arriverai pas au bonheur!» Et c'est pour cela qu'il m'avait chargé de préparer ce projet de testament, que je vous remettrai dès que vous le désirerez, et dont voici les clauses principales…