—Achevez! prononça fiévreusement la marquise, achevez!

—Par cet acte, le marquis reconnaissait d'avance, pour son enfant, ce petit être qui viendra bientôt au monde; et, dans des termes d'une admirable hauteur de pensée, qu'il m'avait dictés lui-même, il vous demandait et demandait à son frère, ainsi qu'à Mlle Juliette de Persant, de traiter, comme si elle avait été sa femme légitime, la jeune fille qu'il aimait…

—Mais le nom de cette jeune fille, Florimont? Son nom? s'écria la marquise.

—Hélas! madame, je l'ignore!… Nous avions voulu, votre fils et moi, prévenir toute indiscrétion; un de mes clercs pouvait surprendre par hasard ce projet de testament, quoique je l'aie seul écrit. Il était absolument prêt, et nous devions le compléter, y ajouter les noms, les adresses… le jour même où le marquis est mort…

Il y eut un long silence. Puis la marquise murmura douloureusement:

—O mon Dieu! mon Dieu! savoir que mon fils laisse une femme, que cette femme porte dans son sein un enfant de mon fils, et ne pas la connaître! Et se dire que ce dernier descendant des Villepreux peut mourir faute de soins… faute d'argent, tandis que nous sommes si riches! Oh, mon Dieu!…

Elle se leva et se mit à marcher, très agitée, par le salon.

Puis, s'arrêtant très brusquement devant le notaire et Brettecourt:

—Mais vous ne savez pas, mes amis, de quels soins il faut entourer la naissance d'un enfant! Cette malheureuse jeune fille ignore le nom de mon fils, elle va se croire abandonnée, trahie!… Et elle maudira mon fils!… Mais, si nous ne la trouvions pas, mes amis, le chagrin seul pourrait la tuer!

Puis, s'adressant fébrilement à Brettecourt: