Il se regarda un peu dans sa glace, pour bien composer son visage, puis descendit. Quand il pénétra dans le salon, il avait réussi à dissimuler, sous un masque plein de dignité, les abominables passions qui l'agitaient.—Juliette était déjà là, assise sur un tabouret, auprès de Mme de Villepreux. Honoré salua très cordialement le notaire, et fort correctement Brettecourt; puis il prit place dans un grand fauteuil, auprès de la cheminée, en face de la marquise, la place que son frère occupait autrefois.
—Vous m'avez fait demander, ma mère? dit-il avec un calme imperturbable.
—Oui, mon fils.—Lorsque tu m'as conseillé toi-même, ce matin, de recevoir M. de Brettecourt, j'hésitais… Je croyais, et tu croyais comme moi, que M. de Brettecourt s'exagérait l'importance de ce qu'il avait à me dire. Nous nous trompions, mon fils! Ce qu'il m'a dit est de la plus haute gravité; et nous devons le remercier d'avoir eu le courage de forcer notre porte.
Honoré adressa un signe de tête à Brettecourt, comme un homme qui ne comprend pas.
Sa mère continuait:
—Toi seul, mon fils, tu me l'as dit, toi seul as assisté aux derniers moments de ton frère?
—Oui, ma mère.
—Et… il n'a pas prononcé, dans cette minute suprême, une phrase… un mot?…
—Hélas! ma mère, ne vous souvenez-vous pas que je vous ai dit que mon frère était mort sans avoir pu reprendre connaissance?
—C'est que, c'est que… j'aurais voulu me rattacher encore à cet espoir!—Je n'en ai plus qu'un autre: ton frère ne t'avait-il pas confié le secret de son cœur?