Comme on l’avait constaté dans le milieu des inspecteurs de la Sûreté, le meurtre de Firmain était un crime crapuleux, un crime fait par un professionnel…

Juve réfléchissait à toutes ces choses en marchant le long de la Seine, et s’il était ému, troublé, s’il mâchonnait nerveusement sa cigarette, l’allumant, la laissant éteindre, la jetant, la remplaçant par une autre, c’est qu’une idée lancinante obsédait son esprit.

Juve, malgré lui, songeait que chaque fois qu’un crime mystérieux, incompréhensible se produisait, il lui fallait évoquer la sinistre silhouette du Génie du crime, du Maître de l’effroi…

Juve, malgré lui, songeait à Fantômas et se disait que peut-être la vraie piste à suivre était celle qui consisterait à chercher si le bandit n’avait point joué dans toute cette affaire un rôle aussi mystérieux que sanguinaire et féroce.

Mais Juve demeurait quand même perplexe :

— Quand Fantômas assassine, se disait-il, c’est qu’il y trouve un intérêt de vengeance, ou alors un bénéfice pécuniaire. Or rien dans l’existence de la famille Drapier, pas plus que dans celle de Paulette de Valmondois, ne fait prévoir que Fantômas ait eu, à un titre quelconque, à s’occuper d’eux. D’autre part, l’assassinat de ce valet de chambre Firmain n’a été suivi d’aucun vol, d’aucune disparition d’objet de valeur, ou simplement même d’argent. Le meurtrier n’a donc pas tué pour s’emparer de quelque chose… Quel a bien pu être son but ?

Juve arrivait à préciser les données du problème, mais il ne réussissait pas à en découvrir les solutions.

C’est dans cet état d’esprit qu’il arriva quai des Orfèvres et se dirigea vers le cabinet de M. Havard.

Juve venait là dans l’intention de conférer avec son chef. Un inspecteur qu’il rencontra dans le corridor lui lança non sans émotion :

— Ah ! monsieur Juve ! que n’étiez-vous là voici cinq minutes !