Juve, toutefois, ne s’était pas considéré comme suffisamment édifié encore.
— Ces deux femmes peuvent s’entendre, songeait-il.
Et, pour contrôler leurs déclarations, Juve s’était alors rendu au commissariat de police de la rue de l’Université, il avait consulté le dossier de l’affaire, et il avait fini par y découvrir, au nombre des pièces considérées comme sans importance, la lettre expédiée par Drapier à sa tante Denise.
Or, cette lettre était encore dans son enveloppe, et l’enveloppe portait bien le timbre de la première levée du matin, date coïncidant avec celle du crime.
Juve alors s’était estimé satisfait et renseigné. Mais s’il acquérait la certitude de l’innocence de plus en plus évidente de Léon Drapier, le mystère se compliquait à ses yeux. Le motif du crime, comme la personnalité de l’assassin, cessait de plus en plus de lui apparaître.
— Qui donc, se demandait Juve, peut avoir intérêt à la mort de cet homme ? Comment se fait-il qu’on l’ait assassiné dans le cabinet de travail de son maître ?… Qu’y faisait-il, au surplus, à cette heure avancée de la nuit ? C’est cela que je ne puis comprendre.
Un instant, Juve avait pensé à quelque douloureuse histoire d’amour qui s’achevait en menaces de chantage.
Il s’était demandé si la bourgeoise, M me Drapier, n’avait pas commis une faute… n’était pas la maîtresse de ce domestique, et si, au cours d’une scène pénible, elle ne s’était pas vue dans l’obligation de frapper cet amant, devenu pour elle un adversaire, un épouvantail.
Et Juve avait haussé les épaules, en se disant :
— Non ! M me Drapier n’est pas femme à prendre un amant, surtout un tel amant ! Au surplus, il apparaît bien que le crime a été commis, non point par une femme, mais par un homme et même par un homme qui a l’habitude, un homme dont la sûreté, la précision de main dénotent de la façon la plus précise la rigoureuse énergie et la froide cruauté.