Juve, en apercevant le véhicule municipal, ne douta pas un seul instant qu’il ne soit là pour emporter Paulette de Valmondois. Toutefois, le policier laissa échapper un soupir de satisfaction.
— Oh, oh ! se dit-il, voilà qui vaut mieux que ce que je redoutais ! Du moment que les ambulances urbaines sont là, c’est qu’il ne s’agit point d’un cadavre, mais de quelqu’un de vivant encore. Espérons que Paulette s’est manquée, puisqu’il y a suicide, et que nous ne tarderons pas à connaître les motifs de cette décision désespérée qu’elle aurait prise !…
Juve fendait la foule, pénétrait à l’intérieur de la maison dont deux agents de police interceptaient l’accès.
Avant de monter à l’appartement de Paulette de Valmondois, il s’introduisit dans la loge de la concierge, où se tenait, semblait-il, un mystérieux conciliabule.
La concierge le connaissait, et Juve lui fit signe de ne point le nommer.
Il y avait dans la loge quelqu’un qui pleurait à chaudes larmes, et que Juve reconnut aussitôt : c’était la petite bonne normande de Paulette de Valmondois.
Elle était si bouleversée qu’en voyant Juve elle ne reconnut point le personnage qui, quelques heures auparavant, était venu rendre visite à sa maîtresse.
La petite bonne, au surplus, était légèrement grise. Depuis près de trois quarts d’heure, sous prétexte de lui remonter le cœur, on lui faisait absorber vulnéraire sur vulnéraire, et à un abattement occasionné par la violence de l’alcool absorbé succédait une nervosité fébrile et un besoin de parler sans discontinuer, qui d’ailleurs ne déplaisait pas à Juve.
Le policier s’était assis dans un coin de la loge, comme un camarade, comme un familier de la maison.
Et il faisait signe à la concierge de continuer à laisser parler la petite bonne. Juve escomptait, en effet, qu’au cours des nombreuses paroles qu’elle proférait sans suite, la Normande finirait bien par dire quelque chose qui aurait quelque intérêt pour le policier.