— Trois ? interrompit Juve. Je croyais qu’il n’en était venu que deux ?

— Ma foi, fit la petite bonne, je me trompe peut-être !…

Elle réfléchit une seconde, avala un grand verre d’eau, puis, ayant passé la main sur sa poitrine pour justifier que cette absorption lui faisait du bien, elle reprit :

— Non, je ne me fiche pas dedans, c’est bien trois hommes qui sont venus. L’premier ce d’vait être un assez drôle de type : il était pas mal habillé à c’qui m’a semblé, pas très vieux mais pas très jeune, car ses cheveux grisonnaient. J’ai guère remarqué sa figure, mais j’crois bien qu’il n’avait pas de barbe ! Peut-être que c’est un domestique aussi, lui, ou alors un acteur. Il est ben resté vingt minutes avec la patronne, puis il s’est débiné sans faire de tapage.

Juve dissimula un sourire, il se reconnaissait à ce signalement ; il questionna d’un air indifférent :

— Y en a donc qui font du tapage, chez votre patronne ?

— C’est probable ! rétorqua la bonne, vous pensez bien que dans son commerce, ça ne va pas toujours tout seul !… Y en a qui trouvent qu’elle demande trop cher… Y en a qui sont plus exigeants que les autres… J’ai r’marqué ça bien souvent, quand c’est pas eux qui la disputent, c’est elle qui fait des chichis…

— Ah ! ah ! déclara Juve, et alors qu’est-ce que vous faites, vous, pendant ce temps-là ?

— Oh moi ! fit la bonne en se carrant dans le fauteuil que lui avait aimablement offert là concierge, moi je ne m’en occupe pas ! Je m’enferme dans la cuisine, et je surveille le fricot. D’ailleurs, j’aime pas m’occuper des affaires des autres !… J’ai été bien contente tout à l’heure, lorsque le vieux birbe de la police s’est amené dans l’appartement et m’a dit : « Vous, la bonne, foutez le camp ! »

À cette déclaration, Juve comprenait que M. Havard était, à l’heure actuelle, dans l’appartement de la demi-mondaine. Il reconnaissait son chef et ses habitudes, et Juve ne pouvait s’empêcher de hausser les épaules.