— Eh bien ! mon cher Juve, vous voilà enfin !
Et il ajoutait avec une ironie satisfaite :
— Par exemple, vous arrivez comme les carabiniers… En retard de deux heures, Juve !… Deux heures, ce n’est rien dans l’existence d’un homme ! C’est encore moins dans l’histoire des siècles, c’est énorme lorsqu’il s’agit d’une enquête de police !… Enfin, que voulez-vous ! On ne peut pas être partout à la fois !… Heureusement que vous avez un chef de la Sûreté qui se déplace, et c’est pourquoi, mon cher Juve, je m’en vais pouvoir vous donner quelques renseignements sur le drame qui vient de se produire !
Juve acceptait sans broncher les ironies railleuses de M. Havard.
Celui-ci ne dissimulait pas sa satisfaction d’être arrivé le premier sur les lieux du drame ; Juve ne prétendait point lui contester cette vaine gloire.
— Mon cher, articula M. Havard, la chose est des plus simples. Cette petite demi-mondaine était la maîtresse, comme vous savez, de Léon Drapier. Il est probable qu’elle a dû commettre quelque gaffe, ou alors simplement se faire surprendre par son amant en compagnie d’un gigolo, car Léon Drapier a certainement rompu avec elle.
« C’était beaucoup d’argent qui s’en allait avec Léon Drapier ; peut-être, au surplus, la petite l’aimait-elle !
« Toujours est-il, en tout cas, que lorsque son amant lui signifiait la rupture, elle s’est logée une balle dans la poitrine dont elle ne réchappera probablement pas. Voilà les faits tels qu’ils se sont passés, la tentative de suicide est indiscutable, l’affaire fort banale…
« Je vous avoue que si vous aviez été à la Sûreté lorsque j’ai été informé du drame, je me serais bien abstenu de venir !… Si je l’ai fait, c’est uniquement parce qu’il s’agissait de la maîtresse d’un haut fonctionnaire et que j’ai voulu, en prenant moi-même l’enquête en main, prévenir, éviter une gaffe toujours possible de la part d’un subordonné !
« J’ai fait conduire Paulette de Valmondois à l’hôpital de Lariboisière, on la soignera. De deux choses l’une ; ou elle va mourir et alors l’affaire est enterrée, sans jeu de mots, ou elle se rétablira, et alors nous lui ferons comprendre qu’il est de son intérêt de ne point faire de scandale, et qu’il importe qu’elle ne mêle pas le nom de Léon Drapier à son acte de désespoir…